Pratique religieuse
Se marier selon la Sunna : la simplicité comme règle
Dot élevée, fête somptueuse, attente interminable : ce qui bloque tant de mariages relève de la coutume, pas de la religion. Retour aux textes.
Beaucoup de jeunes musulmans veulent se marier et n'y arrivent pas. Quand on cherche l'obstacle, ce n'est presque jamais la religion : c'est une dot devenue inaccessible, une fête qu'il faudrait financer à crédit, un logement exigé d'avance, des familles qui font monter les enchères. Or rien de tout cela ne vient de la Sunna — qui dit exactement l'inverse.
La règle prophétique : faciliter
Le fil conducteur des textes sur le mariage est la facilitation. Le Prophète ﷺ a demandé à un compagnon démuni d'apporter une dot, ne serait-ce qu'une bague en fer ; comme il n'en trouvait pas, il l'a marié pour ce qu'il savait du Coran (Boukhari n° 5135). 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf, lui, s'est marié pour le poids d'un noyau de datte en or (Boukhari n° 5155). Il n'a jamais fait de la richesse une condition, ni encouragé quiconque à attendre d'en avoir.
D'après Sahl ibn Sa'd (qu'Allah l'agrée) :
« Une femme vint trouver le Messager d'Allah ﷺ et dit : « Je me suis offerte [à toi en mariage]. » Elle resta longtemps debout. Un homme dit alors : « Marie-la-moi, si tu n'en as pas besoin. » Il ﷺ dit : « As-tu quelque chose à lui donner en dot ? » Il répondit : « Je n'ai que mon pagne. » Il dit : « Si tu le lui donnes, tu resteras assis sans pagne ; cherche donc quelque chose. » Il dit : « Je ne trouve rien. » Il dit : « Cherche, ne serait-ce qu'une bague en fer. » Il ne trouva rien. Il dit : « Sais-tu quelque chose du Coran ? » Il répondit : « Oui, telle sourate et telle sourate », en nommant des sourates. Il dit : « Nous te l'avons donnée en mariage pour ce que tu sais du Coran. » »
عَنْ سَهْلِ بْنِ سَعْدٍ قَالَ: جَاءَتِ امْرَأَةٌ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم فَقَالَتْ: إِنِّي وَهَبْتُ مِنْ نَفْسِي. فَقَامَتْ طَوِيلاً، فَقَالَ رَجُلٌ: زَوِّجْنِيهَا إِنْ لَمْ تَكُنْ لَكَ بِهَا حَاجَةٌ. قَالَ: «هَلْ عِنْدَكَ مِنْ شَىْءٍ تُصْدِقُهَا؟» قَالَ: مَا عِنْدِي إِلاَّ إِزَارِي. فَقَالَ: «إِنْ أَعْطَيْتَهَا إِيَّاهُ جَلَسْتَ لاَ إِزَارَ لَكَ، فَالْتَمِسْ شَيْئًا». فَقَالَ: مَا أَجِدُ شَيْئًا. فَقَالَ: «الْتَمِسْ وَلَوْ خَاتَمًا مِنْ حَدِيدٍ». فَلَمْ يَجِدْ. فَقَالَ: «أَمَعَكَ مِنَ الْقُرْآنِ شَىْءٌ؟» قَالَ: نَعَمْ، سُورَةُ كَذَا وَسُورَةُ كَذَا، لِسُوَرٍ سَمَّاهَا. فَقَالَ: «زَوَّجْنَاكَهَا بِمَا مَعَكَ مِنَ الْقُرْآنِ».
D'après 'Oqba ibn 'Âmir (qu'Allah l'agrée) :
« Le Prophète ﷺ demanda à un homme : « Acceptes-tu que je te marie à une telle ? » Il répondit : « Oui. » Puis il demanda à la femme : « Acceptes-tu que je te marie à un tel ? » Elle répondit : « Oui. » Il maria donc l'un à l'autre, sans fixer de dot pour elle et sans que l'homme lui donne quoi que ce soit. Cet homme avait assisté à al-Houdaybiya, et ceux qui avaient assisté à al-Houdaybiya avaient une part à Khaybar. Lorsque la mort se présenta à lui, il dit : « Le Messager d'Allah ﷺ m'a marié à une telle sans que je lui fixe de dot ni ne lui donne quoi que ce soit ; je vous prends à témoin que je lui ai donné comme dot ma part de Khaybar. » Elle prit sa part et la vendit pour cent mille. [Le rapporteur] dit : Et le Messager d'Allah ﷺ a dit : « La meilleure dot est la plus facile. » »
عَنْ عُقْبَةَ بْنِ عَامِرٍ أَنَّ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم قَالَ لِرَجُلٍ: «أَتَرْضَى أَنْ أُزَوِّجَكَ فُلاَنَةَ؟» قَالَ: نَعَمْ. وَقَالَ لِلْمَرْأَةِ: «أَتَرْضَيْنَ أَنْ أُزَوِّجَكِ فُلاَنًا؟» قَالَتْ: نَعَمْ. فَزَوَّجَ أَحَدَهُمَا صَاحِبَهُ، وَلَمْ يَفْرِضْ لَهَا صَدَاقًا، وَلَمْ يُعْطِهَا شَيْئًا، وَكَانَ مِمَّنْ شَهِدَ الْحُدَيْبِيَةَ، وَكَانَ مَنْ شَهِدَ الْحُدَيْبِيَةَ لَهُ سَهْمٌ بِخَيْبَرَ، فَلَمَّا حَضَرَتْهُ الْوَفَاةُ قَالَ: إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم زَوَّجَنِي فُلاَنَةَ، وَلَمْ أَفْرِضْ لَهَا صَدَاقًا، وَلَمْ أُعْطِهَا شَيْئًا، وَإِنِّي أُشْهِدُكُمْ أَنِّي أَعْطَيْتُهَا صَدَاقَهَا سَهْمِي بِخَيْبَرَ، فَأَخَذَتْ سَهْمَهُ فَبَاعَتْهُ بِمِائَةِ أَلْفٍ. قَالَ: وَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم: «خَيْرُ الصَّدَاقِ أَيْسَرُهُ».
Le mahr n'est pas un prix
Le mahr est un droit exclusif de l'épouse, symbole d'engagement et de considération. Il ne s'agit ni d'un achat, ni d'une compensation versée à la famille, ni d'une mesure de la valeur de la femme. Quand il devient un enjeu de prestige entre familles, il a changé de nature — et il éloigne des unions que la religion voulait rendre possibles.
« La sunna est d'alléger la dot et de ne pas dépasser celle des épouses et des filles du Prophète ﷺ. [...] Il est déconseillé à l'homme de donner à la femme une dot qui lui nuit s'il la paie comptant, ou qu'il est incapable d'honorer si elle est différée. [...] Ce que font certains, par rudesse, orgueil et ostentation, en gonflant la dot pour se faire voir et se vanter [...] est une chose blâmable et laide, contraire à la sunna et en dehors de la Loi. »
La walima : annoncer, pas impressionner
Le banquet de noces a une fonction précise : rendre l'union publique, la distinguer nettement de ce qui est interdit. Le Prophète ﷺ a demandé à 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf, qui venait de se marier, d'offrir un repas de noces, fût-ce avec un seul mouton (Boukhari n° 5155, Mouslim n° 1427) : voilà le niveau d'exigence. Une salle louée à prix d'or, des centaines d'invités et une dette sur deux ans ne remplissent pas mieux cette fonction — ils la parasitent.
D'après Anas ibn Mâlik (qu'Allah l'agrée) :
« Le Prophète ﷺ vit sur 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf une trace de [parfum] jaune. Il dit : « Qu'est-ce que cela ? » Il répondit : « J'ai épousé une femme pour le poids d'un noyau [de datte] en or. » Il dit : « Qu'Allah te bénisse ! Offre un repas de noces (walîma), ne serait-ce qu'avec un mouton. » »
عَنْ أَنَسٍ رضى الله عنه أَنَّ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم رَأَى عَلَى عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ عَوْفٍ أَثَرَ صُفْرَةٍ، قَالَ: «مَا هَذَا؟» قَالَ: إِنِّي تَزَوَّجْتُ امْرَأَةً عَلَى وَزْنِ نَوَاةٍ مِنْ ذَهَبٍ. قَالَ: «بَارَكَ اللَّهُ لَكَ، أَوْلِمْ وَلَوْ بِشَاةٍ».
Ce qui relève de la coutume, pas de la religion
- Un montant de dot fixé par l'usage local et non négociable.
- L'obligation d'un logement meublé, d'or, ou d'une voiture avant le contrat.
- Une fête dont le coût est devenu un critère de respectabilité.
- Des fiançailles maintenues des années « le temps que ce soit possible ».
Ces usages ont leur histoire et leur logique sociale. Mais les présenter comme des exigences religieuses est une confusion, et cette confusion a un coût réel : des mariages retardés, parfois abandonnés, et des jeunes gens laissés sans solution.
Alléger ce qui peut l'être
Revenir à la simplicité ne veut pas dire bâcler. Cela veut dire remettre chaque élément à sa place : les conditions de validité d'abord — consentement, wali, témoins, mahr, formule d'engagement — puis l'annonce publique, puis, si les moyens le permettent, la fête. Dans cet ordre, un mariage reste accessible.
D'après 'Â'icha (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Fait partie de la bénédiction (youmn) d'une femme : que sa demande en mariage soit facile, que sa dot soit facile, et que son utérus soit facile [c.-à-d. qu'elle enfante aisément]. »
عَنْ عَائِشَةَ قَالَتْ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم: «إِنَّ مِنْ يُمْنِ الْمَرْأَةِ تَيْسِيرَ خِطْبَتِهَا، وَتَيْسِيرَ صَدَاقِهَا، وَتَيْسِيرَ رَحِمِهَا».
C'est aussi ce qui nous a décidés à rendre ezzawaj gratuit : ajouter un péage à l'entrée d'une démarche que la Sunna cherche à faciliter nous a paru contradictoire.