La hijra — quitter un pays où la religion se vit difficilement pour un pays où elle se vit mieux — est un projet que beaucoup de frères et de sœurs portent. Quand il croise le projet de mariage, il faut le mettre sur la table dès la mouqabala : c'est l'un des sujets qui font ou défont un foyer.
Se marier avant de partir
C'est souvent la voie la plus simple : on part à deux, avec un projet commun, et la sœur voyage avec son mahram — son mari. Le contrat se conclut ici, avec le wali et les témoins, le civil est fait, et la famille a pu connaître le conjoint. L'inconvénient : il faut que les deux soient réellement prêts à partir, au même endroit et au même moment, et non que l'un « suive » à contrecœur.
Se marier après, sur place
Certains partent d'abord, s'installent, puis cherchent. Pour un frère, c'est possible avec un entourage sur place. Pour une sœur, la difficulté est double : voyager sans mahram est interdit pour la majorité des savants (« Qu'aucune femme ne voyage sans mahram » — Boukhari, Muslim), et chercher un mari loin de sa famille, sans wali présent, expose à tous les abus. La visio avec le wali resté au pays atténue le second problème, pas le premier.
Épouser quelqu'un qui vit déjà là-bas
- Le wali doit pouvoir se renseigner : mosquée, entourage, situation réelle du frère sur place. Un imam local peut aider.
- La rencontre se fait en visio avec le wali, puis en présence, lors d'un déplacement — jamais en tête-à-tête à l'arrivée.
- Le contrat : où, avec quels témoins, quel mahr, et le civil dans quel pays ? Tout se règle avant le départ.
- Le retour : que se passe-t-il si cela ne fonctionne pas ? L'épouse doit pouvoir rentrer, avec ses papiers et ses moyens.
- Le mariage « pour les papiers » existe dans les deux sens. La vérification d'identité et un wali actif sont les meilleures protections.
Ce qu'il faut écrire dans le contrat
Une condition licite posée dans le contrat de mariage engage l'époux : « Les conditions les plus dignes d'être respectées sont celles par lesquelles vous avez rendu licite l'intimité » (Boukhari, Muslim). Le pays de vie, le délai de la hijra, le retour au pays en cas de besoin, la poursuite des études : ce qui compte pour vous se dit au wali et s'écrit.
Les questions à se poser, à deux
- Quel pays, et pourquoi celui-là ?
- Dans quel délai, et avec quels moyens ?
- Que ferons-nous si l'un des deux ne peut plus partir (parents malades, travail, santé) ?
- La famille : qui restera, qui viendra, à quel rythme les visites ?
- Les enfants : école, langue, nationalité ?
- Le travail sur place : lequel, pour qui ?