Pratique religieuse
Le regard licite (nadhar) avant le mariage
Voir la personne que l'on veut épouser est recommandé par le Prophète ﷺ. Ce que l'on peut regarder, quand, en présence de qui, et pourquoi la photo de profil n'en tient pas lieu.
« Peut-on voir la femme qu'on veut épouser ? » La réponse de la Sunna est claire : oui, c'est même recommandé. Mais « voir » a des règles, et la photo exposée sur une application n'en fait pas partie.
D'après al-Moughîra ibn Chou'ba (qu'Allah l'agrée) :
« Il demanda une femme en mariage, et le Prophète ﷺ [lui] dit : « Regarde-la, car cela est plus propice à ce que [l'affection] dure entre vous deux. » »
عَنِ الْمُغِيرَةِ بْنِ شُعْبَةَ أَنَّهُ خَطَبَ امْرَأَةً، فَقَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم: «انْظُرْ إِلَيْهَا فَإِنَّهُ أَحْرَى أَنْ يُؤْدَمَ بَيْنَكُمَا».
Pourquoi le regard est recommandé
Le Prophète ﷺ a recommandé à al-Moughîra ibn Chou'ba, qui avait demandé une femme en mariage, de la regarder (Tirmidhi n° 1087, cité ci-dessus), et il a donné le même conseil à un compagnon qui épousait une femme des Ansar (Mouslim n° 1424, cité ci-dessous). Le mariage engage une vie : l'islam ne veut ni surprise ni regret.
D'après Abou Hourayra (qu'Allah l'agrée) :
« J'étais auprès du Prophète ﷺ lorsqu'un homme vint lui annoncer qu'il avait épousé [ou : allait épouser] une femme des Ansar. Le Messager d'Allah ﷺ lui dit : « L'as-tu regardée ? » Il répondit : « Non. » Il dit : « Va donc la regarder, car il y a quelque chose dans les yeux des Ansar. » »
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ قَالَ كُنْتُ عِنْدَ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم فَأَتَاهُ رَجُلٌ فَأَخْبَرَهُ أَنَّهُ تَزَوَّجَ امْرَأَةً مِنَ الأَنْصَارِ فَقَالَ لَهُ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " أَنَظَرْتَ إِلَيْهَا ". قَالَ لاَ. قَالَ " فَاذْهَبْ فَانْظُرْ إِلَيْهَا فَإِنَّ فِي أَعْيُنِ الأَنْصَارِ شَيْئًا ".
Ce que l'on peut regarder
Le visage et les mains, selon la majorité des savants — ce qui permet de connaître la personne et sa beauté. Certains savants, dont l'école hanbalite, admettent ce qui apparaît habituellement à la maison devant les proches. La femme, elle aussi, regarde l'homme qui la demande : la raison du regard vaut pour les deux.
Celui qui veut épouser une femme peut, lors de la demande, regarder son visage, sans plaisir ni désir et sans s'isoler avec elle : les savants s'accordent sur ce point. C'est permis par besoin, dans l'espoir que l'entente s'établisse entre eux ; certains imams ont aussi permis de regarder les mains et ce qui paraît habituellement.
Quand et en présence de qui
- Quand l'intention de mariage est sérieuse et formulée — pas pour « voir ce que ça donne ».
- En présence du mahram de la femme : jamais en tête-à-tête (khalwa).
- Sans contact physique, sans familiarité, sans parfum ni parure au-delà de l'ordinaire.
- Une fois, ou le temps nécessaire pour décider — pas un regard qui se répète au fil d'une relation.
- Sans isolement numérique non plus : pas d'échange de photos privées, pas d'appels vidéo à deux.
Pourquoi la photo de profil n'est pas le nadhar
Le regard licite est celui d'un homme qui a demandé une femme précise, devant son mahram, pour décider. La photo de profil est vue par des centaines d'inconnus qui n'ont rien demandé, elle sert à trier, et elle installe le choix sur l'apparence avant la religion. Elle contredit la pudeur que la Sunna protège et le critère qu'elle impose. C'est pour cela qu'ezzawaj n'a aucune photo : le nadhar vient à la mouqabala, en présence du wali, au moment prévu.
Et si l'un des deux ne plaît pas à l'autre ?
On le dit, avec douceur et sans détails blessants, et chacun poursuit sa recherche. C'est précisément le but du regard : éviter un mariage qu'on regretterait. Il n'y a ni honte ni offense à cela.