Un mariage musulman se conclut devant deux témoins : selon la majorité des savants, deux hommes musulmans, adultes, sains d'esprit et intègres, qui entendent l'offre du wali et l'acceptation de l'époux. Leur présence rend l'union publique et en garde la preuve ; pour la majorité, un contrat conclu sans eux doit être refait.
C'est l'un des éléments du nikah dont on parle le moins, et l'un de ceux sur lesquels on improvise le plus : un cousin appelé au dernier moment, un témoin qui arrive après la formule, une sœur à qui l'on demande de signer. Voici ce que disent les textes, ce sur quoi les savants s'accordent, ce sur quoi ils divergent, et les réponses aux questions pratiques. Pour une situation particulière, on interroge un imam ou un savant de confiance.
Pourquoi deux témoins ? Ce que dit la Sunna
Le texte le plus explicite associe les témoins au wali et déclare nul le mariage conclu sans eux :
D'après 'Aïcha (qu'Allah l'agrée), le Prophète ﷺ a dit :
« Pas de mariage sans tuteur et deux témoins intègres ; tout mariage conclu autrement est nul. Et s'ils se disputent, le gouvernant est le tuteur de celle qui n'a pas de tuteur. »
عَنْ عَائِشَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا، عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ: " لا نكاحَ إلَّا بوليٍّ وشاهدَيْ عَدلٍ، وما كان مِن نكاحٍ على غيرِ ذلك فهو باطلٌ، فإنْ تشاجَروا فالسُّلطانُ وليُّ مَن لا وليَّ له ".
Le jugement de ce hadith est discuté, comme l'indique sa notice : al-Albani l'a jugé authentique, Shu'ayb al-Arna'out a jugé sa chaîne bonne, mais d'autres savants l'ont jugé faible. L'exigence de témoins ne repose pas sur ce seul texte : les quatre écoles l'imposent, sous des formes diverses, et elle prolonge un principe que la Sunna affirme avec force, celui de la publicité du mariage.
D'après 'Abd Allâh ibn az-Zoubayr (qu'Allah les agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Rendez le mariage public. »
عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ الزُّبَيْرِ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ: «أَعْلِنُوا النِّكَاحَ».
D'après Muhammad ibn Hâtib (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Ce qui sépare le licite de l'illicite, c'est le tambourin (daff) et la voix [l'annonce publique] lors du mariage. »
عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ حَاطِبٍ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم: «فَصْلُ مَا بَيْنَ الْحَلاَلِ وَالْحَرَامِ الدُّفُّ وَالصَّوْتُ فِي النِّكَاحِ».
Le mariage est un acte public. Ce qui le sépare d'une relation illicite n'est pas l'affection ni l'intention des deux personnes, mais le fait qu'il soit conclu au grand jour, devant des gens qui peuvent en témoigner. Les témoins remplissent ainsi deux fonctions :
- la publicité : ils sont le premier cercle de l'annonce, la preuve vivante que l'union n'a pas été cachée ;
- la preuve : si un jour la dot, la filiation d'un enfant, un héritage ou le mariage lui-même sont contestés, ce sont eux qui attestent de ce qu'ils ont entendu.
Un parallèle dans le Coran : les témoins du divorce et du retour
Aucun verset ne détaille les témoins du contrat de mariage lui-même. Le Coran en exige pourtant à un moment voisin : la fin du délai de viduité, quand le mari décide de reprendre son épouse ou de se séparer d'elle.
فَإِذَا بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَأَمْسِكُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ أَوْ فَارِقُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ وَأَشْهِدُوا۟ ذَوَىْ عَدْلٍ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا۟ ٱلشَّهَـٰدَةَ لِلَّهِ ۚ ذَٰلِكُمْ يُوعَظُ بِهِۦ مَن كَانَ يُؤْمِنُ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْـَٔاخِرِ ۚ وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ يَجْعَل لَّهُۥ مَخْرَجًا
« Puis, quand elles atteignent le terme [de leur délai], retenez-les de façon convenable, ou séparez-vous d'elles de façon convenable ; prenez deux témoins intègres parmi vous, et acquittez-vous du témoignage pour Allah. Voilà ce à quoi est exhorté celui qui croit en Allah et au Jour dernier. Et quiconque craint Allah, Il lui donnera une issue. »
Le contexte est celui du divorce : le verset s'adresse au mari dont l'épouse arrive au terme de son délai, et lui demande de faire attester le retour ou la séparation par deux témoins intègres pris parmi les croyants. Les savants divergent d'ailleurs sur le caractère obligatoire ou seulement recommandé de ces témoins dans ce cas. Ce verset n'est donc pas la preuve directe des témoins du mariage, qui repose sur la Sunna ; c'est un parallèle éclairant. Il montre le modèle que le Coran retient quand il faut attester d'un lien conjugal — deux témoins, intègres, musulmans — et l'on comprend que le contrat qui fonde l'union le mérite au moins autant.
Qui peut être témoin du mariage ? Les conditions
Les savants posent pour les témoins du nikah des conditions simples, qui visent toutes la même chose : que leur témoignage puisse être reçu si l'on en a besoin un jour.
- Être musulman : c'est la position de la majorité des savants, et elle va de soi quand les deux époux sont musulmans.
- Être un homme : la majorité exige deux hommes ; l'école hanafite accepte un homme et deux femmes.
- Être adulte et sain d'esprit : un enfant, ou une personne privée de sa raison, ne témoigne pas.
- Être intègre ('adl) : on ne demande pas une enquête, mais des personnes connues pour leur droiture apparente, qui prient et ne commettent pas ouvertement de péché grave. L'école hanafite est plus souple sur ce point.
- Entendre et comprendre l'offre et l'acceptation : les témoins sont présents au moment où elles sont prononcées et comprennent la langue employée.
- Être deux, en plus des parties au contrat : ni l'époux ni celui qui prononce l'offre ne comptent parmi les témoins.
Le mot arabe pour témoin, chahid, est expliqué dans notre glossaire du mariage.
Les questions pratiques du jour du contrat
Une femme peut-elle être témoin d'un mariage ?
Pour la majorité des savants — malikites, chaféites et hanbalites —, les témoins du mariage sont deux hommes, et des femmes seules ne suffisent pas. L'école hanafite accepte un homme et deux femmes. Les femmes peuvent bien sûr assister au contrat ; la question est seulement de savoir sur qui repose le témoignage. Pour un contrat valide aux yeux de toutes les écoles, on prévoit deux hommes.
Un non-musulman peut-il être témoin ?
Pour un mariage entre deux musulmans, non : les témoins doivent être musulmans. Pour le mariage d'un musulman avec une chrétienne ou une juive, certains savants hanafites ont admis des témoins de la religion de l'épouse ; la majorité l'écarte, et la prudence est de choisir deux témoins musulmans. Un parent non musulman peut évidemment être présent et honoré : il ne compte simplement pas parmi les témoins. C'est souvent le cas dans les familles de convertis.
Un témoin peut-il être de la famille ?
Oui, dans la plupart des cas : un oncle, un cousin, un beau-frère sont des témoins courants, et beaucoup de savants acceptent aussi le frère de l'un des époux. Le témoignage du père ou du fils de l'un des époux est plus discuté, parce qu'un ascendant ou un descendant témoigne en faveur des siens. Pour éviter toute discussion, on choisit des témoins qui ne sont ni les parents ni les enfants des mariés.
Le wali peut-il être témoin ?
En pratique, non. Le wali est partie au contrat : c'est lui qui prononce l'offre, ou qui la fait prononcer par son mandataire. Les savants le distinguent généralement des deux témoins, qu'il faut donc prévoir en plus de lui. Il en va de même de l'époux. Les cas particuliers, comme un wali représenté par un mandataire mais présent dans la salle, se règlent avec l'imam.
L'imam peut-il être témoin ?
S'il ne conclut pas le contrat au nom du wali, oui : un imam qui préside, vérifie les conditions et rédige l'acte peut compter parmi les deux témoins, s'il les remplit. S'il agit comme mandataire du wali, ou comme wali d'une femme qui n'en a pas, il est partie au contrat, et il faut deux autres témoins.
Les témoins de la mairie suffisent-ils ?
Le mariage civil et le nikah sont deux actes distincts, conclus à deux moments différents. Les témoins de la mairie peuvent être les mêmes personnes s'ils remplissent les conditions religieuses ; mais ils doivent alors être présents au nikah et entendre l'offre et l'acceptation. Avoir signé à la mairie ne fait pas d'eux les témoins du contrat religieux.
Un témoin peut-il assister par téléphone ou en visio ?
La question est récente et les savants divergent, comme pour le contrat à distance en général. La voie sûre est que les deux témoins soient physiquement présents au moment de l'offre et de l'acceptation ; en cas d'impossibilité réelle, on soumet la situation à un savant avant de conclure.
Témoins et annonce : la divergence sur la publicité
Les savants s'accordent sur le principe : le mariage doit être connu. Ils divergent sur la manière dont cette exigence se traduit.
- Pour la majorité, les deux témoins sont requis au moment même du contrat, et un mariage conclu devant eux reste valide même si l'on convient ensuite de le taire — ce secret étant blâmable.
- L'école malikite admet que les témoins soient réunis après la conclusion du contrat, pourvu que ce soit avant la cohabitation ; mais elle tient pour nul le mariage dont on a demandé aux témoins de garder le secret.
- Certains savants anciens sont allés jusqu'à considérer que l'annonce publique du mariage pouvait tenir lieu de témoins au contrat.
Ces divergences ne plaident jamais pour le secret : pour la majorité, il est blâmable ; pour l'école malikite, il annule le mariage. Les témoins ne sont pas là pour garder un secret, mais pour qu'il n'y en ait pas. Les unions conclues en cachette, dites 'orfi, sont traitées dans notre article sur le mariage secret.
Choisir ses témoins : conseils pratiques
- Choisissez-les tôt et donnez-leur l'heure exacte : ils doivent être là au moment de l'offre et de l'acceptation, pas seulement pour le repas.
- Prévoyez un troisième homme qui remplit les conditions, au cas où l'un des deux aurait un empêchement.
- Préférez des personnes stables et joignables : on peut avoir besoin de leur témoignage des années plus tard.
- Évitez les ascendants et les descendants des époux, pour ne laisser aucune place à la discussion.
- Faites inscrire leurs noms et leurs signatures sur l'acte, avec la dot et les clauses : voir notre modèle de contrat de mariage islamique.
- Si le wali ne peut pas venir, faites rédiger sa procuration à l'avance : les témoins ne remplacent pas le wali.
En France, ce nikah se célèbre après le mariage civil, qui doit précéder la cérémonie religieuse (article 433-21 du Code pénal) : voir le mariage religieux musulman en France.
Combien faut-il de témoins pour un mariage musulman ?
Deux. Selon la majorité des savants, ce sont deux hommes musulmans, adultes et intègres ; l'école hanafite accepte un homme et deux femmes. On peut en inviter davantage, mais deux suffisent à la validité.
Une femme peut-elle être témoin de mariage en islam ?
Selon la majorité des savants, non : ils exigent deux hommes. L'école hanafite admet un homme et deux femmes. Pour un contrat valide aux yeux de toutes les écoles, on prévoit deux hommes ; les femmes peuvent bien sûr assister à la cérémonie.
Le mariage est-il valide sans témoins ?
Pour la majorité des savants, non : un nikah conclu sans témoins doit être refait. L'école malikite admet que les témoins soient réunis après le contrat, mais avant la cohabitation. Si votre contrat a été conclu sans témoins, exposez la situation à un imam, qui vous dira comment le régulariser.
Le père de la mariée peut-il être témoin ?
S'il est son wali, non : il est partie au contrat, et l'on prévoit deux témoins en plus de lui. Même s'il ne l'est pas, le témoignage d'un père en faveur de son enfant est discuté ; mieux vaut choisir d'autres témoins.
Un converti peut-il être témoin d'un mariage ?
Oui : un converti est un musulman comme les autres, et il peut être témoin s'il remplit les conditions d'âge, de raison et d'intégrité. Ce qui compte est sa religion au moment du contrat, pas celle de sa naissance.
Les témoins doivent-ils signer un papier ?
La signature n'est pas une condition de validité : ce qui compte, c'est qu'ils aient entendu l'offre et l'acceptation. Il est pourtant vivement recommandé d'inscrire leurs noms et leurs signatures sur l'acte, pour pouvoir prouver le mariage si besoin.