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Pratique religieuse10 octobre 2026 · 13 min de lecture

Le divorce en islam : talaq, khul' et délai de viduité, l'essentiel

Le cadre que fixe le Coran, le divorce prononcé par le mari et celui que demande l'épouse, la 'idda, et ce qu'il faut savoir en France : l'essentiel, posément, pour ceux qui traversent cette épreuve.

EZ
Équipe ezzawaj
Rédaction
Un sablier ouvragé, image du délai et de la patience

En islam, le divorce est permis lorsque la vie commune devient impossible, après avoir tenté la réconciliation : le mari le prononce (talaq), l'épouse peut l'obtenir en restituant son mahr (khul') ou, en cas de préjudice, par la décision d'une autorité religieuse, et la femme observe ensuite un délai de viduité ('idda). Le Coran en fixe le cadre avec un fil conducteur : se séparer, quand il le faut, de façon convenable et sans se nuire.

Si vous lisez ces lignes parce que vous traversez une séparation, retenez d'abord ceci : le divorce n'est pas un échec de la foi. Des Compagnons du Prophète ﷺ, hommes et femmes, ont divorcé puis se sont remariés, et le Coran consacre au divorce des versets entiers, et même une sourate qui porte son nom. Ce qui compte, c'est de le vivre dans la crainte d'Allah, sans injustice ni rancune.

Avant le divorce : l'arbitrage et la réconciliation

Le Coran ne fait pas du divorce la première réponse à une crise. Il demande d'abord de faire intervenir les deux familles :

Coran

وَإِنْ خِفْتُمْ شِقَاقَ بَيْنِهِمَا فَٱبْعَثُوا۟ حَكَمًا مِّنْ أَهْلِهِۦ وَحَكَمًا مِّنْ أَهْلِهَآ إِن يُرِيدَآ إِصْلَـٰحًا يُوَفِّقِ ٱللَّهُ بَيْنَهُمَآ ۗ إِنَّ ٱللَّهَ كَانَ عَلِيمًا خَبِيرًا

« Si vous craignez la rupture entre les deux [époux], envoyez un arbitre de la famille du mari et un arbitre de la famille de l'épouse. S'ils veulent la réconciliation, Allah rétablira l'entente entre eux. Allah est Omniscient et parfaitement Informé. »
Sourate An-Nisâ' (Les Femmes), n° 4, verset 35 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Concrètement, une personne sage est choisie dans la famille de chacun des époux — et, à défaut, un imam ou une personne de confiance peut tenir ce rôle. Les deux arbitres écoutent, cherchent où sont les torts et proposent des solutions ; le verset promet que si la réconciliation est sincèrement voulue, Allah rétablira l'entente.

Coran

وَإِنِ ٱمْرَأَةٌ خَافَتْ مِنۢ بَعْلِهَا نُشُوزًا أَوْ إِعْرَاضًا فَلَا جُنَاحَ عَلَيْهِمَآ أَن يُصْلِحَا بَيْنَهُمَا صُلْحًا ۚ وَٱلصُّلْحُ خَيْرٌ ۗ وَأُحْضِرَتِ ٱلْأَنفُسُ ٱلشُّحَّ ۚ وَإِن تُحْسِنُوا۟ وَتَتَّقُوا۟ فَإِنَّ ٱللَّهَ كَانَ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرًا

« Si une femme craint de la part de son mari de la dureté ou de l'éloignement, il n'y a pas de grief à ce qu'ils se réconcilient par un accord entre eux — et la réconciliation est meilleure. Les âmes sont portées à l'avarice. Mais si vous agissez en bien et craignez Allah, Allah est parfaitement informé de ce que vous faites. »
Sourate An-Nisâ' (Les Femmes), n° 4, verset 128 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

La réconciliation est meilleure, dit le Coran. Avant de prononcer quoi que ce soit, il est sage de laisser passer la colère, de prendre conseil et de faire la prière de consultation (l'istikhara, et comment la faire). Le divorce prononcé sous une colère qui fait perdre la maîtrise de soi pose d'ailleurs une question que les savants examinent au cas par cas : dans une telle situation, on ne tranche pas seul, on consulte.

Le talaq selon le Coran : révocable, puis définitif

Coran

ٱلطَّلَـٰقُ مَرَّتَانِ ۖ فَإِمْسَاكٌۢ بِمَعْرُوفٍ أَوْ تَسْرِيحٌۢ بِإِحْسَـٰنٍ ۗ وَلَا يَحِلُّ لَكُمْ أَن تَأْخُذُوا۟ مِمَّآ ءَاتَيْتُمُوهُنَّ شَيْـًٔا إِلَّآ أَن يَخَافَآ أَلَّا يُقِيمَا حُدُودَ ٱللَّهِ ۖ فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا يُقِيمَا حُدُودَ ٱللَّهِ فَلَا جُنَاحَ عَلَيْهِمَا فِيمَا ٱفْتَدَتْ بِهِۦ ۗ تِلْكَ حُدُودُ ٱللَّهِ فَلَا تَعْتَدُوهَا ۚ وَمَن يَتَعَدَّ حُدُودَ ٱللَّهِ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلظَّـٰلِمُونَ

« Le divorce [révocable] est permis deux fois. Ensuite, c'est soit la vie commune de façon convenable, soit la séparation avec bienfaisance. Il ne vous est pas permis de reprendre quoi que ce soit de ce que vous leur avez donné, à moins que tous deux ne craignent de ne pas observer les limites d'Allah. Si vous craignez qu'ils n'observent pas les limites d'Allah, il n'y a pas de grief contre eux deux à ce qu'elle se rachète par une compensation. Telles sont les limites d'Allah : ne les transgressez pas. Et ceux qui transgressent les limites d'Allah, ceux-là sont les injustes. »
Sourate Al-Baqara (La Vache), n° 2, verset 229 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Après un mariage consommé, le premier et le deuxième divorce sont révocables (raj'î) : pendant la 'idda, le mari peut reprendre son épouse, sans nouveau contrat ni nouveau mahr, s'il veut réellement la réconciliation. Le verset ne laisse ensuite que deux voies : la vie commune de façon convenable, ou la séparation avec bienfaisance. Il interdit aussi au mari de reprendre ce qu'il a donné, sauf lorsque l'épouse se rachète : c'est le khul', présenté plus bas.

Coran

وَٱلْمُطَلَّقَـٰتُ يَتَرَبَّصْنَ بِأَنفُسِهِنَّ ثَلَـٰثَةَ قُرُوٓءٍ ۚ وَلَا يَحِلُّ لَهُنَّ أَن يَكْتُمْنَ مَا خَلَقَ ٱللَّهُ فِىٓ أَرْحَامِهِنَّ إِن كُنَّ يُؤْمِنَّ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْـَٔاخِرِ ۚ وَبُعُولَتُهُنَّ أَحَقُّ بِرَدِّهِنَّ فِى ذَٰلِكَ إِنْ أَرَادُوٓا۟ إِصْلَـٰحًا ۚ وَلَهُنَّ مِثْلُ ٱلَّذِى عَلَيْهِنَّ بِٱلْمَعْرُوفِ ۚ وَلِلرِّجَالِ عَلَيْهِنَّ دَرَجَةٌ ۗ وَٱللَّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ

« Les femmes divorcées doivent observer un délai d'attente de trois cycles (qurû'). Il ne leur est pas permis de cacher ce qu'Allah a créé dans leur matrice, si elles croient en Allah et au Jour dernier. Leurs époux sont plus en droit de les reprendre pendant ce délai, s'ils veulent la réconciliation. Elles ont des droits équivalents à leurs obligations, selon le convenable, et les hommes ont sur elles un degré. Allah est Puissant et Sage. »
Sourate Al-Baqara (La Vache), n° 2, verset 228 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Ce verset fixe la 'idda de la femme divorcée qui a ses cycles : trois qurû'. Les savants divergent sur le sens exact du mot, les menstrues pour les uns, les périodes de pureté pour les autres. Il établit aussi que, pendant ce délai, le mari est plus en droit de reprendre son épouse, s'il veut la réconciliation : la reprise n'est jamais un moyen de nuire, comme le précise cet autre verset.

Coran

وَإِذَا طَلَّقْتُمُ ٱلنِّسَآءَ فَبَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَأَمْسِكُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ أَوْ سَرِّحُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ ۚ وَلَا تُمْسِكُوهُنَّ ضِرَارًا لِّتَعْتَدُوا۟ ۚ وَمَن يَفْعَلْ ذَٰلِكَ فَقَدْ ظَلَمَ نَفْسَهُۥ ۚ وَلَا تَتَّخِذُوٓا۟ ءَايَـٰتِ ٱللَّهِ هُزُوًا ۚ وَٱذْكُرُوا۟ نِعْمَتَ ٱللَّهِ عَلَيْكُمْ وَمَآ أَنزَلَ عَلَيْكُم مِّنَ ٱلْكِتَـٰبِ وَٱلْحِكْمَةِ يَعِظُكُم بِهِۦ ۚ وَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَٱعْلَمُوٓا۟ أَنَّ ٱللَّهَ بِكُلِّ شَىْءٍ عَلِيمٌ

« Et lorsque vous divorcez des femmes et qu'elles arrivent au terme de leur délai, retenez-les de façon convenable ou séparez-vous d'elles de façon convenable. Ne les retenez pas pour leur nuire, en transgressant : quiconque fait cela se fait du tort à lui-même. Ne prenez pas les versets d'Allah en dérision ; rappelez-vous le bienfait d'Allah sur vous, et ce qu'Il a fait descendre sur vous du Livre et de la Sagesse, par lesquels Il vous exhorte. Craignez Allah, et sachez qu'Allah sait toute chose. »
Sourate Al-Baqara (La Vache), n° 2, verset 231 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Le verset vise une pratique ancienne : reprendre sa femme juste avant la fin de son délai, puis la divorcer de nouveau, pour la tenir sans vraiment la garder. Le Coran l'interdit et avertit que celui qui agit ainsi se fait du tort à lui-même.

Le troisième divorce

Coran

فَإِن طَلَّقَهَا فَلَا تَحِلُّ لَهُۥ مِنۢ بَعْدُ حَتَّىٰ تَنكِحَ زَوْجًا غَيْرَهُۥ ۗ فَإِن طَلَّقَهَا فَلَا جُنَاحَ عَلَيْهِمَآ أَن يَتَرَاجَعَآ إِن ظَنَّآ أَن يُقِيمَا حُدُودَ ٱللَّهِ ۗ وَتِلْكَ حُدُودُ ٱللَّهِ يُبَيِّنُهَا لِقَوْمٍ يَعْلَمُونَ

« S'il divorce d'elle [une troisième fois], elle ne lui est plus licite tant qu'elle n'a pas épousé un autre mari. Puis, si ce dernier divorce d'elle, il n'y a pas de grief à ce qu'ils reprennent la vie commune, s'ils pensent pouvoir observer les limites d'Allah. Telles sont les limites d'Allah, qu'Il expose à des gens qui savent. »
Sourate Al-Baqara (La Vache), n° 2, verset 230 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Après un troisième divorce, la séparation est définitive : les anciens époux ne peuvent se remarier ensemble que si la femme a épousé un autre homme, dans un mariage véritable et consommé, et que ce mariage a pris fin. Un mariage de façade, arrangé dans le seul but de la rendre de nouveau licite à son premier mari, est condamné par les savants : ce n'est pas ce que le verset demande.

Quand la 'idda s'achève sans reprise

Après un premier ou un deuxième divorce, si la 'idda se termine sans que le mari ait repris son épouse, ils sont séparés. Ils peuvent se remarier ensemble, mais par un nouveau contrat, avec le wali, des témoins, un nouveau mahr et le consentement de la femme ; le Coran demande qu'on ne les en empêche pas s'ils s'accordent selon le convenable (sourate Al-Baqara, verset 232).

Le triple divorce prononcé en une fois

C'est une question souvent posée : que vaut un divorce prononcé trois fois d'un coup ? Les savants divergent sur la manière de le compter. Si vous êtes dans cette situation, consultez un savant ou un imam de confiance avant toute décision.

Comment se prononce le divorce selon la Sunna

Coran

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلنَّبِىُّ إِذَا طَلَّقْتُمُ ٱلنِّسَآءَ فَطَلِّقُوهُنَّ لِعِدَّتِهِنَّ وَأَحْصُوا۟ ٱلْعِدَّةَ ۖ وَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ رَبَّكُمْ ۖ لَا تُخْرِجُوهُنَّ مِنۢ بُيُوتِهِنَّ وَلَا يَخْرُجْنَ إِلَّآ أَن يَأْتِينَ بِفَـٰحِشَةٍ مُّبَيِّنَةٍ ۚ وَتِلْكَ حُدُودُ ٱللَّهِ ۚ وَمَن يَتَعَدَّ حُدُودَ ٱللَّهِ فَقَدْ ظَلَمَ نَفْسَهُۥ ۚ لَا تَدْرِى لَعَلَّ ٱللَّهَ يُحْدِثُ بَعْدَ ذَٰلِكَ أَمْرًا

« Ô Prophète ! Quand vous divorcez des femmes, divorcez-les en tenant compte de leur délai, et comptez le délai. Craignez Allah, votre Seigneur. Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu'elles n'en sortent pas, à moins qu'elles ne commettent une turpitude manifeste. Telles sont les limites d'Allah ; quiconque transgresse les limites d'Allah se fait du tort à lui-même. Tu ne sais pas : peut-être qu'Allah, après cela, fera survenir quelque chose de nouveau. »
Sourate At-Talâq (Le Divorce), n° 65, verset 1 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Le verset demande de divorcer en tenant compte du délai : selon l'explication des savants, dans une période de pureté sans rapports conjugaux, pour que la 'idda commence clairement. Le divorce prononcé pendant les règles est interdit ; s'il a eu lieu, son effet est discuté, et l'on consulte. Le divorce conforme à la Sunna est un divorce unique, qui laisse ouverte la porte du retour.

Le verset pose deux autres règles, souvent oubliées. Pendant la 'idda d'un divorce révocable, la femme reste dans le domicile conjugal : on ne la met pas dehors, elle ne part pas d'elle-même, sauf turpitude manifeste, et son mari continue d'assurer son entretien. Et la fin du verset dit l'esprit de ce délai : peut-être Allah fera-t-il survenir quelque chose de nouveau — beaucoup d'exégètes y lisent le retour de l'entente et le désir de reprendre la vie commune.

Coran

فَإِذَا بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَأَمْسِكُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ أَوْ فَارِقُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ وَأَشْهِدُوا۟ ذَوَىْ عَدْلٍ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا۟ ٱلشَّهَـٰدَةَ لِلَّهِ ۚ ذَٰلِكُمْ يُوعَظُ بِهِۦ مَن كَانَ يُؤْمِنُ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْـَٔاخِرِ ۚ وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ يَجْعَل لَّهُۥ مَخْرَجًا

« Puis, quand elles atteignent le terme [de leur délai], retenez-les de façon convenable, ou séparez-vous d'elles de façon convenable ; prenez deux témoins intègres parmi vous, et acquittez-vous du témoignage pour Allah. Voilà ce à quoi est exhorté celui qui croit en Allah et au Jour dernier. Et quiconque craint Allah, Il lui donnera une issue. »
Sourate At-Talâq (Le Divorce), n° 65, verset 2 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

Au terme du délai, le même choix revient : retenir de façon convenable, ou se séparer de façon convenable. Le Coran demande de prendre deux témoins intègres ; la majorité des savants y voient une recommandation appuyée plutôt qu'une condition de validité, mais faire témoigner protège chacun. La fin du verset est une promesse pour qui traverse cette épreuve : à celui qui craint Allah, Il donne une issue.

Le khul' : quand l'épouse demande la séparation

La femme n'est pas enfermée dans un mariage qu'elle ne peut plus vivre. Le Coran permet qu'elle se rachète par une compensation lorsque les deux époux craignent de ne plus respecter les limites d'Allah (sourate Al-Baqara, verset 229, cité plus haut), et la Sunna en donne l'exemple :

Hadith

D'après Ibn 'Abbas (qu'Allah les agrée) :

« La femme de Thabit ibn Qays vint trouver le Prophète ﷺ et dit : « Ô Messager d'Allah, je ne reproche à Thabit ibn Qays ni son caractère ni sa religion, mais je déteste la mécréance [c.-à-d. l'ingratitude envers le mari, contraire à l'islam] dans l'islam. » Le Messager d'Allah ﷺ dit : « Lui rendras-tu son jardin ? » Elle répondit : « Oui. » Le Messager d'Allah ﷺ dit : « Accepte le jardin et divorce-la d'un seul divorce. » »

عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا أَنَّ امْرَأَةَ ثَابِتِ بْنِ قَيْسٍ أَتَتِ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم فَقَالَتْ يَا رَسُولَ اللَّهِ ثَابِتُ بْنُ قَيْسٍ مَا أَعْتُبُ عَلَيْهِ فِي خُلُقٍ وَلاَ دِينٍ، وَلَكِنِّي أَكْرَهُ الْكُفْرَ فِي الإِسْلاَمِ. فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " أَتَرُدِّينَ عَلَيْهِ حَدِيقَتَهُ ". قَالَتْ نَعَمْ. قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " اقْبَلِ الْحَدِيقَةَ وَطَلِّقْهَا تَطْلِيقَةً ".

Boukhari n° 5273 · Authentique (sahih) · Vérifier la source

L'épouse de Thabit ibn Qays ne reprochait à son mari ni son caractère ni sa religion ; elle craignait, en restant, de manquer à ses devoirs envers lui. Le Prophète ﷺ ne lui a pas demandé de se justifier davantage : il lui a demandé si elle rendait le jardin reçu en dot, puis il a ordonné au mari de l'accepter et de la divorcer. Le khul' se fait donc contre la restitution du mahr, ou d'une compensation dont les époux conviennent.

Si le mari refuse un khul' légitime, ou s'il cause un préjudice à son épouse — violence, abandon, refus de l'entretien, manquement grave à ses droits d'épouse —, elle peut s'adresser à une autorité religieuse : le juge musulman ou, là où il n'y en a pas, les responsables religieux qui en tiennent lieu selon de nombreux savants contemporains, qui peuvent prononcer la séparation. Pour la démarche, on se fait accompagner par un imam ou un savant de confiance ; voir aussi le khul' dans notre glossaire.

Et le hadith sur la femme qui demande le divorce ?

Hadith

D'après Thawban (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :

« Toute femme qui demande le divorce à son mari sans raison grave, l'odeur du Paradis lui est interdite. »

عَنْ ثَوْبَانَ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " أَيُّمَا امْرَأَةٍ سَأَلَتْ زَوْجَهَا طَلاَقًا فِي غَيْرِ مَا بَأْسٍ فَحَرَامٌ عَلَيْهَا رَائِحَةُ الْجَنَّةِ ".

Abou Daoud n° 2226 et Tirmidhi n° 1187 · Authentique (sahih) selon al-Albani · Vérifier la source

Ce hadith est sévère, et il vise un cas précis : la demande de divorce faite sans raison grave, par caprice ou par légèreté. Il ne concerne pas la femme qui subit un préjudice, ni celle qui, comme l'épouse de Thabit, craint de ne plus pouvoir remplir ses devoirs. Une femme maltraitée, délaissée ou privée de ses droits a une raison ; elle n'a pas à se sentir coupable d'avoir cherché à se protéger.

La 'idda : durée et règles du délai de viduité

La 'idda préserve la filiation, laisse au couple le temps de la réflexion et, en cas de divorce révocable, la possibilité d'un retour. Sa durée dépend de la situation de la femme :

  • La femme qui a ses cycles : trois qurû' (sourate Al-Baqara, verset 228).
  • La femme qui n'a pas ou plus de cycles : trois mois ; la femme enceinte : jusqu'à l'accouchement (sourate At-Talâq, verset 4).
  • Après un khul' : trois cycles selon la majorité des savants, un seul selon d'autres.
  • Avant la consommation du mariage : pas de 'idda (sourate Al-Ahzâb, verset 49) ; certaines écoles assimilent toutefois à la consommation le fait que les époux se soient retrouvés seuls ensemble.

Pendant la 'idda, la femme ne se remarie pas et ne reçoit pas de demande en mariage ; une simple allusion n'est permise qu'en dehors du divorce révocable (sourate Al-Baqara, verset 235). Le détail est dans notre fiche iddah : le délai de viduité.

Mahr, entretien, enfants : les droits après la séparation

Une séparation juste règle aussi les questions matérielles, et le Coran y entre dans le détail. Après un mariage consommé, le mahr est dû en entier, y compris sa part différée, et le mari ne reprend rien de ce qu'il a donné, sauf dans le cas du khul'. Avant la consommation, deux versets règlent la question :

Coran

لَّا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ إِن طَلَّقْتُمُ ٱلنِّسَآءَ مَا لَمْ تَمَسُّوهُنَّ أَوْ تَفْرِضُوا۟ لَهُنَّ فَرِيضَةً ۚ وَمَتِّعُوهُنَّ عَلَى ٱلْمُوسِعِ قَدَرُهُۥ وَعَلَى ٱلْمُقْتِرِ قَدَرُهُۥ مَتَـٰعًۢا بِٱلْمَعْرُوفِ ۖ حَقًّا عَلَى ٱلْمُحْسِنِينَ

« Il n'y a pas de grief contre vous si vous divorcez de femmes que vous n'avez pas touchées et à qui vous n'avez pas fixé de dot. Faites-leur cependant un don (mut'a) — le riche selon ses moyens, le pauvre selon ses moyens —, un don convenable : c'est un devoir pour les bienfaisants. »
Sourate Al-Baqara (La Vache), n° 2, verset 236 · Traduction du sens · Lire dans son contexte
Coran

وَإِن طَلَّقْتُمُوهُنَّ مِن قَبْلِ أَن تَمَسُّوهُنَّ وَقَدْ فَرَضْتُمْ لَهُنَّ فَرِيضَةً فَنِصْفُ مَا فَرَضْتُمْ إِلَّآ أَن يَعْفُونَ أَوْ يَعْفُوَا۟ ٱلَّذِى بِيَدِهِۦ عُقْدَةُ ٱلنِّكَاحِ ۚ وَأَن تَعْفُوٓا۟ أَقْرَبُ لِلتَّقْوَىٰ ۚ وَلَا تَنسَوُا۟ ٱلْفَضْلَ بَيْنَكُمْ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ

« Et si vous divorcez d'elles avant de les avoir touchées, alors que vous leur aviez fixé une dot, [versez-leur] la moitié de ce que vous avez fixé, à moins qu'elles n'y renoncent, ou que n'y renonce celui qui tient en main le lien du mariage. Renoncer est plus proche de la piété. N'oubliez pas la générosité entre vous : Allah voit parfaitement ce que vous faites. »
Sourate Al-Baqara (La Vache), n° 2, verset 237 · Traduction du sens · Lire dans son contexte

La fin de ce dernier verset vaut pour toute séparation : ne pas oublier la générosité entre soi. On peut se séparer sans se faire la guerre, sans se disputer chaque centime, sans dénigrer l'autre devant les enfants ou la famille ; ce qui relevait de l'intimité du couple reste couvert, même après.

  • L'entretien pendant la 'idda : la femme en divorce révocable reste logée et entretenue par son mari.
  • Les enfants : leur entretien reste à la charge du père, et la garde se règle avec équité, dans leur intérêt. Les enfants ne divorcent pas : ils gardent leur père et leur mère.

En France : un nikah sans mariage civil ne se dissout pas devant un juge

En France, le mariage civil doit précéder la cérémonie religieuse (article 433-21 du Code pénal). Un nikah conclu sans mariage civil ne se dissout pas devant un juge : au moment de la séparation, tout repose alors sur la seule bonne volonté des deux époux. C'est une raison de plus de faire le civil d'abord, comme nous l'expliquons dans mariage religieux musulman en France : le civil d'abord.

Inversement, un divorce civil ne règle pas à lui seul les questions religieuses : on s'assure, avec un imam ou un savant de confiance, que la séparation est aussi acquise sur le plan religieux, et l'on compte la 'idda en conséquence.

Se remarier après un divorce

Le divorce ouvre, pour l'un comme pour l'autre, la possibilité d'un nouveau mariage, et c'est la voie normale. La femme attend la fin de sa 'idda ; l'homme, en règle générale, n'a pas de délai, mais il garde ses obligations envers son ancienne épouse et ses enfants. Le consentement explicite de la divorcée, le rôle du wali, la manière de parler de son premier mariage : tout est détaillé dans se remarier après un divorce en islam.

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Comment divorcer en islam ?

Le mari prononce le talaq, de préférence une seule fois, dans une période de pureté sans rapports, en présence de deux témoins comme le recommande le Coran ; l'épouse peut demander le khul' en restituant le mahr, ou s'adresser à une autorité religieuse en cas de préjudice. Avant cela, le Coran demande de tenter la réconciliation par deux arbitres (sourate An-Nisâ', verset 35). Pour une situation précise, on se fait accompagner par un imam ou un savant de confiance.

Une femme peut-elle demander le divorce en islam ?

Oui. Elle peut demander le khul', en rendant le mahr ou une compensation convenue, comme l'a fait l'épouse de Thabit ibn Qays avec l'accord du Prophète ﷺ (Boukhari n° 5273). En cas de préjudice, elle peut aussi demander à une autorité religieuse de prononcer la séparation. Ce qui est blâmé, c'est la demande faite sans raison grave.

Combien de temps dure l'iddah après un divorce ?

Trois cycles pour la femme qui a ses règles (sourate Al-Baqara, verset 228), trois mois pour celle qui n'en a pas ou plus, et jusqu'à l'accouchement pour la femme enceinte. Après un khul', les savants divergent entre trois cycles et un seul. Il n'y a pas de 'idda si le mariage n'a pas été consommé.

Peut-on revenir avec sa femme après un divorce ?

Oui, après un premier ou un deuxième divorce : pendant la 'idda, le mari la reprend sans nouveau contrat ; après la 'idda, il faut un nouveau contrat et un nouveau mahr, avec son consentement à elle. Après un troisième divorce, le retour n'est possible qu'après un véritable mariage de la femme avec un autre homme, qui a pris fin (sourate Al-Baqara, verset 230).

Le divorce est-il un péché en islam ?

Non : le divorce est permis par le Coran, qui lui consacre des versets entiers, et des Compagnons y ont eu recours. Ce qui est blâmé, c'est de divorcer ou de demander le divorce sans raison, ou de se séparer dans l'injustice. Se séparer quand la vie commune est devenue un préjudice, en respectant les règles, n'est pas une faute.

Que devient le mahr en cas de divorce ?

Après un mariage consommé, il revient en entier à l'épouse, y compris sa part différée ; avant la consommation, la moitié du mahr fixé lui est due, sauf renonciation (sourate Al-Baqara, verset 237). C'est l'épouse qui le restitue, en tout ou en partie, lorsqu'elle demande le khul'.

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