En islam, une relation intime hors mariage est un péché grave, mais aucun péché ne ferme la porte du repentir : Allah promet de pardonner à celui qui cesse, regrette sincèrement et décide de ne pas recommencer, et même de changer ses mauvaises actions en bonnes. Régulariser, c'est donc d'abord se repentir, puis — si un mariage est envisagé — le conclure dans les règles, avec un wali, des témoins et un mahr, une fois la relation illicite terminée.
Si vous lisez ces lignes avec un poids sur le cœur, cet article est écrit pour vous. Il ne minimise pas la faute, et il ne vous accable pas : il dit ce que disent le Coran et la Sunna, puis comment reconstruire. Pour les questions les plus délicates, il vous renverra, honnêtement, vers un savant.
Un péché grave : ce que dit le Coran
Le Coran ne se contente pas d'interdire la fornication : il interdit de s'en approcher.
وَلَا تَقْرَبُوا۟ ٱلزِّنَىٰٓ ۖ إِنَّهُۥ كَانَ فَـٰحِشَةً وَسَآءَ سَبِيلًا
« Et n'approchez pas la fornication : c'est une turpitude, et quel mauvais chemin ! »
Les commentateurs en ont tiré que ce qui y mène est aussi à éviter : l'isolement, la relation de séduction, les échanges intimes. C'est pour cela que l'islam encadre si soigneusement la rencontre en vue du mariage. Dans la sourate Al-Furqân, la fornication est citée à côté des plus grands péchés — puis la porte s'ouvre aussitôt :
وَٱلَّذِينَ لَا يَدْعُونَ مَعَ ٱللَّهِ إِلَـٰهًا ءَاخَرَ وَلَا يَقْتُلُونَ ٱلنَّفْسَ ٱلَّتِى حَرَّمَ ٱللَّهُ إِلَّا بِٱلْحَقِّ وَلَا يَزْنُونَ ۚ وَمَن يَفْعَلْ ذَٰلِكَ يَلْقَ أَثَامًا
« Et ceux qui n'invoquent pas avec Allah une autre divinité, ne tuent pas l'âme qu'Allah a rendue sacrée, sauf en droit, et ne commettent pas la fornication — car quiconque fait cela encourra une sanction : »
يُضَـٰعَفْ لَهُ ٱلْعَذَابُ يَوْمَ ٱلْقِيَـٰمَةِ وَيَخْلُدْ فِيهِۦ مُهَانًا
« le châtiment lui sera doublé le Jour de la Résurrection, et il y demeurera éternellement, couvert d'humiliation, »
إِلَّا مَن تَابَ وَءَامَنَ وَعَمِلَ عَمَلًا صَـٰلِحًا فَأُو۟لَـٰٓئِكَ يُبَدِّلُ ٱللَّهُ سَيِّـَٔاتِهِمْ حَسَنَـٰتٍ ۗ وَكَانَ ٱللَّهُ غَفُورًا رَّحِيمًا
« sauf celui qui se repent, croit et accomplit une œuvre bonne : à ceux-là, Allah changera leurs mauvaises actions en bonnes actions. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »
Ces trois versets se lisent ensemble. Les deux premiers disent la gravité de la faute, sans détour. Le troisième ouvre une exception pour celui qui se repent, croit et fait le bien : pour celui-là, Allah ne se contente pas d'effacer, Il change les mauvaises actions en bonnes. Le Coran ne sépare jamais la gravité du péché et l'immensité du pardon. Il faut garder les deux ensemble, pour ne tomber ni dans la légèreté ni dans le désespoir.
Une miséricorde plus grande que la faute
Le danger, après une telle faute, n'est pas seulement de recommencer. C'est aussi de se dire qu'il est trop tard, qu'on est perdu, et qu'autant continuer. Le Coran répond directement à cette pensée :
قُلْ يَـٰعِبَادِىَ ٱلَّذِينَ أَسْرَفُوا۟ عَلَىٰٓ أَنفُسِهِمْ لَا تَقْنَطُوا۟ مِن رَّحْمَةِ ٱللَّهِ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ يَغْفِرُ ٱلذُّنُوبَ جَمِيعًا ۚ إِنَّهُۥ هُوَ ٱلْغَفُورُ ٱلرَّحِيمُ
« Dis : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d'Allah. Allah pardonne tous les péchés : c'est Lui le Pardonneur, le Miséricordieux. » »
Le verset s'adresse précisément à ceux qui ont commis des excès contre eux-mêmes, et il n'excepte aucun péché. Le désespoir n'est pas une marque d'humilité : c'est fermer une porte qu'Allah a laissée ouverte.
وَٱلَّذِينَ إِذَا فَعَلُوا۟ فَـٰحِشَةً أَوْ ظَلَمُوٓا۟ أَنفُسَهُمْ ذَكَرُوا۟ ٱللَّهَ فَٱسْتَغْفَرُوا۟ لِذُنُوبِهِمْ وَمَن يَغْفِرُ ٱلذُّنُوبَ إِلَّا ٱللَّهُ وَلَمْ يُصِرُّوا۟ عَلَىٰ مَا فَعَلُوا۟ وَهُمْ يَعْلَمُونَ
« Et ceux qui, lorsqu'ils ont commis une turpitude ou se sont fait du tort à eux-mêmes, se souviennent d'Allah et demandent pardon pour leurs péchés — et qui donc pardonne les péchés, si ce n'est Allah ? — et qui ne persistent pas sciemment dans ce qu'ils ont fait. »
Ce verset décrit des croyants dignes d'éloge, et il les décrit comme des gens qui ont pu commettre une turpitude. Ce qui les distingue n'est pas de n'avoir jamais fauté, mais de se souvenir d'Allah, de demander pardon et de ne pas persister sciemment dans ce qu'ils ont fait.
Le repentir sincère : cesser, regretter, ne pas recommencer
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ تُوبُوٓا۟ إِلَى ٱللَّهِ تَوْبَةً نَّصُوحًا عَسَىٰ رَبُّكُمْ أَن يُكَفِّرَ عَنكُمْ سَيِّـَٔاتِكُمْ وَيُدْخِلَكُمْ جَنَّـٰتٍ تَجْرِى مِن تَحْتِهَا ٱلْأَنْهَـٰرُ يَوْمَ لَا يُخْزِى ٱللَّهُ ٱلنَّبِىَّ وَٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ مَعَهُۥ ۖ نُورُهُمْ يَسْعَىٰ بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَبِأَيْمَـٰنِهِمْ يَقُولُونَ رَبَّنَآ أَتْمِمْ لَنَا نُورَنَا وَٱغْفِرْ لَنَآ ۖ إِنَّكَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ
« Ô vous qui croyez ! Repentez-vous à Allah d'un repentir sincère. Il se peut que votre Seigneur efface vos mauvaises actions et vous fasse entrer dans des jardins sous lesquels coulent les rivières, le jour où Allah n'humiliera pas le Prophète ni ceux qui ont cru avec lui. Leur lumière courra devant eux et à leur droite, et ils diront : « Notre Seigneur, parfais pour nous notre lumière et pardonne-nous : Tu es certes capable de toute chose. » »
Le repentir sincère dont parle ce verset (tawba nasûh) repose, selon les savants, sur trois piliers, auxquels s'ajoute la réparation lorsque le droit d'une autre personne a été lésé :
- Cesser : mettre fin à la relation illicite, maintenant, et pas « après une dernière discussion ». Cela inclut les messages, les appels, les rencontres, et tout ce qui conduirait à reprendre.
- Regretter : un regret du cœur, devant Allah, pour ce qui a été fait — et pas seulement la peur d'être découvert.
- Décider de ne pas recommencer : une résolution sincère, avec les moyens qui vont avec : changer ses habitudes, s'éloigner des lieux et des personnes qui y ramènent, supprimer ce qui doit l'être.
- Réparer ce qui peut l'être : si la faute a lésé les droits de quelqu'un, réparer ce qui peut l'être, en demandant conseil à un savant sur la manière de le faire sans exposer la faute.
Le repentir ne passe par aucun intermédiaire : en islam, on ne se confesse ni à un imam ni à personne. On se tourne vers Allah directement, par l'invocation, la prière et les bonnes œuvres qui suivent la faute. Et si l'on rechute, on se repent de nouveau, sans s'habituer à la faute et sans renoncer à revenir vers Lui.
Ne pas divulguer sa faute
Une fois repenti, on ne raconte pas sa faute. Les savants enseignent que celui qu'Allah a couvert ne doit pas se découvrir lui-même : pas de confidences à des amis, pas de publication, pas d'aveu public. Il en va de même de la faute de l'autre : on ne la divulgue pas, même après une rupture douloureuse.
Faut-il en parler à un futur conjoint ? De nombreux savants estiment qu'on n'a pas à révéler une faute passée dont on s'est repenti. Si l'on vous pose une question directe, ou si cette faute a des conséquences concrètes sur le mariage, demandez à un savant comment répondre sans mentir et sans vous exposer.
Se marier ensuite, dans les règles
Le mariage n'efface pas une faute : c'est le repentir qui le fait. Mais pour ceux qui veulent fonder un foyer, il est la voie que la religion ouvre, et la Sunna promet l'aide d'Allah à celui qui se marie pour préserver sa chasteté :
D'après Abou Hourayra (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Il y a trois [personnes] dont l'aide est un droit sur Allah : le combattant dans le sentier d'Allah, l'esclave sous contrat d'affranchissement (al-moukâtab) qui veut s'acquitter [de son rachat], et celui qui se marie en recherchant la chasteté. »
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم: «ثَلاَثَةٌ حَقٌّ عَلَى اللَّهِ عَوْنُهُمُ: الْمُجَاهِدُ فِي سَبِيلِ اللَّهِ، وَالْمُكَاتَبُ الَّذِي يُرِيدُ الأَدَاءَ، وَالنَّاكِحُ الَّذِي يُرِيدُ الْعَفَافَ».
Régulariser ne veut pas dire rendre licite ce que l'on faisait déjà par quelques mots prononcés entre soi. Un mariage dans les règles suppose :
- le consentement des deux futurs époux ;
- le wali de la femme : « Pas de mariage sans tuteur (walî). » (Abou Daoud n° 2085, Tirmidhi n° 1101) ;
- deux témoins musulmans intègres — voir notre article sur les témoins du mariage en islam ;
- un mahr, même modeste, qui est un droit de l'épouse — voir le mahr, la dot en islam ;
- et, comme le recommande la Sunna, l'annonce du mariage plutôt que le secret : « Rendez le mariage public. » (Ahmad n° 16130, Ibn Hibban n° 4066).
Tout cela suppose une étape préalable : que la relation illicite ait pris fin. On ne régularise pas en continuant comme avant jusqu'au jour du contrat. Un mariage conclu en secret, sans wali, pour se rassurer, n'est pas une régularisation : il ajoute souvent un problème au premier, comme l'expliquent nos articles sur le mariage secret ('orfi) et sur le mariage sans wali. En France, rappelons enfin que le mariage civil doit précéder la cérémonie religieuse : voir mariage religieux en France, le civil d'abord.
Un couple qui a fauté peut-il se marier ensemble ?
C'est la question que beaucoup se posent, et elle mérite une réponse honnête : de nombreux savants permettent ce mariage après le repentir, mais ils y posent des conditions sur lesquelles ils divergent. Comme ces conditions dépendent des détails de chaque situation, exposez la vôtre à un savant avant de fixer une date.
Deux questions vous appartiennent, en revanche. La première : votre repentir est-il partagé ? Si l'autre refuse d'arrêter ce qui doit l'être, ou banalise ce qui s'est passé, c'est une information sur le foyer que vous construiriez ensemble. La seconde : cette personne est-elle le conjoint que vous choisiriez pour sa religion et son caractère, si vous la rencontriez aujourd'hui ? L'attachement né d'une relation n'oblige pas à épouser, et la culpabilité n'est pas une raison suffisante pour le faire.
Délai, grossesse, filiation : les questions qui relèvent d'un savant
Certaines questions ont des réponses précises, mais qui varient selon les écoles et dépendent des circonstances. Faut-il respecter un délai avant le contrat, et lequel ? Que faire en cas de grossesse ? Quelle est la filiation de l'enfant ? Un mariage déjà conclu en secret doit-il être refait ?
Nous ne les tranchons pas ici, volontairement. Ce ne sont pas des questions pour un forum ni pour une vidéo entendue au hasard : exposez votre situation, en privé, à un savant ou à un imam de confiance, qui connaît la jurisprudence et saura garder le secret. Faites-le tôt plutôt que tard, car une décision prise seul, dans la précipitation ou la panique, est rarement la bonne. Et si un enfant est attendu, prenez aussi soin de votre santé et de la sienne.
Après : vivre dans la chasteté
D'après Sahl ibn Sa'd (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Celui qui me garantit [la préservation de] ce qui est entre ses deux mâchoires et de ce qui est entre ses deux jambes, je lui garantis le Paradis. »
عَنْ سَهْلِ بْنِ سَعْدٍ، عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ " مَنْ يَضْمَنْ لِي مَا بَيْنَ لَحْيَيْهِ وَمَا بَيْنَ رِجْلَيْهِ أَضْمَنْ لَهُ الْجَنَّةَ ".
Ce hadith promet le Paradis à celui qui préserve sa langue et sa chasteté. Il vaut pour chacun, quel que soit son passé : c'est un engagement tourné vers l'avenir.
Concrètement, la chasteté se protège par des moyens simples : baisser le regard, s'éloigner des écrans et des lieux qui ravivent la tentation, s'entourer de personnes qui tirent vers le haut, prier à l'heure et, le moment venu, chercher un conjoint par une voie qui respecte le cadre. Notre article sur la manière de parler avant le mariage en islam explique comment échanger en vue du mariage sans retomber dans ce que l'on a quitté, et celui sur le contrat de mariage islamique reprend les piliers du nikah un à un.
Peut-on se marier après avoir commis la zina ?
Oui. Le péché ne ferme pas la porte du mariage, et le repentir sincère efface la faute : Allah promet même de changer en bonnes les mauvaises actions de celui qui se repent, croit et fait le bien (sourate 25, verset 70). Le mariage doit ensuite être conclu dans les règles — consentement, wali, témoins, mahr — après la fin de la relation illicite ; pour un éventuel délai, consultez un savant.
Un couple qui a eu une relation haram peut-il se marier ensemble ?
De nombreux savants le permettent après le repentir, avec des conditions sur lesquelles ils divergent. Exposez votre situation à un savant de confiance avant de fixer une date. Et demandez-vous honnêtement si cette personne partage votre repentir et répond aux critères de religion et de caractère.
Allah pardonne-t-il la fornication ?
Allah a annoncé qu'Il pardonne tous les péchés (sourate 39, verset 53), et Il promet de changer en bonnes les mauvaises actions de celui qui se repent, croit et fait le bien (sourate 25, verset 70). Le repentir demande de cesser, de regretter et de décider de ne pas recommencer. Le désespoir, lui, n'est pas une marque de piété.
Faut-il avouer son passé à son futur mari ou à sa future femme ?
De nombreux savants estiment qu'on n'a pas à révéler une faute dont on s'est repenti : celui qu'Allah a couvert ne se découvre pas lui-même. Si la question vous est posée directement, ou si ce passé a des conséquences concrètes sur le mariage, demandez à un savant comment répondre sans mentir.
Faut-il attendre avant de se marier après une relation haram ?
La question d'un délai avant le contrat, en particulier en cas de grossesse, fait l'objet de divergences entre les écoles et dépend des circonstances. Nous ne la tranchons pas ici : exposez votre situation à un savant ou à un imam de confiance, en privé, avant de conclure le mariage.
Comment savoir si mon repentir est accepté ?
Personne ne peut le savoir avec certitude : le croyant vit entre l'espoir et la crainte. Ce qui dépend de vous, c'est la sincérité — avoir cessé, regretter, s'efforcer de ne pas recommencer, multiplier les bonnes œuvres. Allah S'est Lui-même nommé le Pardonneur, le Miséricordieux : espérez en Lui.