L'amour entre époux n'est pas, en islam, une faiblesse qu'on tolère : c'est l'un des buts du mariage, puisque le Coran dit qu'Allah a mis entre les conjoints l'affection (mawadda) et la miséricorde (rahma) (sourate Ar-Rûm, verset 21). Le Prophète ﷺ en a donné l'exemple avec ses épouses — un amour dit, montré, patient —, et c'est dans le mariage, bien plus qu'avant, que cet amour se construit.
On entend parfois que la religion se méfierait des sentiments, ou que la tendresse serait indigne d'un homme pieux. Les textes disent l'inverse. Voici ce qu'ils enseignent, chaque verset et chaque hadith cité en entier.
Le but du mariage : sérénité, affection et miséricorde
وَمِنْ ءَايَـٰتِهِۦٓ أَنْ خَلَقَ لَكُم مِّنْ أَنفُسِكُمْ أَزْوَٰجًا لِّتَسْكُنُوٓا۟ إِلَيْهَا وَجَعَلَ بَيْنَكُم مَّوَدَّةً وَرَحْمَةً ۚ إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَـَٔايَـٰتٍ لِّقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ
« Et parmi Ses signes : Il a créé pour vous, issues de vous-mêmes, des épouses, afin que vous trouviez auprès d'elles la sérénité, et Il a mis entre vous affection et miséricorde. Il y a vraiment là des signes pour des gens qui réfléchissent. »
Trois mots portent ce verset. La sérénité (sakan) : le conjoint est celui auprès de qui l'on se pose et l'on trouve le repos. L'affection (mawadda) : l'amour, l'attachement qui se manifeste. La miséricorde (rahma) : la bonté qui demeure quand l'élan faiblit, dans la maladie, la vieillesse ou les épreuves. Et le verset ne dit pas que les époux fabriquent cet amour par leurs seules forces : c'est Allah qui le place entre eux, et Il le compte parmi Ses signes.
D'après Ibn 'Abbas (qu'Allah les agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Nous n'avons rien vu de tel que le mariage pour deux personnes qui s'aiment. »
عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ـ صلى الله عليه وسلم ـ " لَمْ نَرَ لِلْمُتَحَابَّيْنِ مِثْلَ النِّكَاحِ ".
Le Prophète ﷺ ne condamne pas le sentiment : il lui indique sa voie. Quand deux personnes s'attachent l'une à l'autre, rien n'égale le mariage — ni une relation sans cadre, ni une attente qui s'éternise.
Un vêtement l'un pour l'autre
أُحِلَّ لَكُمْ لَيْلَةَ ٱلصِّيَامِ ٱلرَّفَثُ إِلَىٰ نِسَآئِكُمْ ۚ هُنَّ لِبَاسٌ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌ لَّهُنَّ ۗ عَلِمَ ٱللَّهُ أَنَّكُمْ كُنتُمْ تَخْتَانُونَ أَنفُسَكُمْ فَتَابَ عَلَيْكُمْ وَعَفَا عَنكُمْ ۖ فَٱلْـَٔـٰنَ بَـٰشِرُوهُنَّ وَٱبْتَغُوا۟ مَا كَتَبَ ٱللَّهُ لَكُمْ ۚ وَكُلُوا۟ وَٱشْرَبُوا۟ حَتَّىٰ يَتَبَيَّنَ لَكُمُ ٱلْخَيْطُ ٱلْأَبْيَضُ مِنَ ٱلْخَيْطِ ٱلْأَسْوَدِ مِنَ ٱلْفَجْرِ ۖ ثُمَّ أَتِمُّوا۟ ٱلصِّيَامَ إِلَى ٱلَّيْلِ ۚ وَلَا تُبَـٰشِرُوهُنَّ وَأَنتُمْ عَـٰكِفُونَ فِى ٱلْمَسَـٰجِدِ ۗ تِلْكَ حُدُودُ ٱللَّهِ فَلَا تَقْرَبُوهَا ۗ كَذَٰلِكَ يُبَيِّنُ ٱللَّهُ ءَايَـٰتِهِۦ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ
« Il vous a été permis, la nuit du jeûne, d'avoir des rapports avec vos femmes : elles sont un vêtement pour vous, et vous êtes un vêtement pour elles. Allah savait que vous vous trahissiez vous-mêmes ; Il a accueilli votre repentir et vous a pardonné. Désormais, unissez-vous à elles et recherchez ce qu'Allah vous a destiné. Mangez et buvez jusqu'à ce que se distingue pour vous le fil blanc du fil noir de l'aube, puis accomplissez le jeûne jusqu'à la nuit. Et ne vous unissez pas à elles pendant que vous êtes en retraite dans les mosquées. Telles sont les limites d'Allah : ne vous en approchez pas. C'est ainsi qu'Allah expose Ses versets aux gens, afin qu'ils deviennent pieux. »
Le verset traite du jeûne de Ramadan ; au milieu de ces règles, il donne de l'union conjugale l'une des images les plus fortes du Coran : les épouses sont un vêtement pour leurs maris, et les maris un vêtement pour leurs épouses. Le vêtement est ce qu'il y a de plus proche ; il protège, il réchauffe, il embellit, il couvre ce qui doit rester couvert — y compris les défauts de l'autre, qu'on ne dévoile pas. Et l'image est exactement réciproque : chacun est pour l'autre protection, chaleur, parure et pudeur.
Le Prophète ﷺ et ses épouses : un amour en actes
La vie du Prophète ﷺ avec ses épouses, rapportée en détail par elles et par les Compagnons, est la meilleure réponse à la question de savoir comment aimer sa femme, ou son mari, en islam. Rien d'abstrait : des paroles, des jeux, de l'attention, des gestes.
Il disait son amour
D'après 'Amr ibn al-'As (qu'Allah l'agrée) :
« Le Prophète ﷺ l'envoya à la tête de l'armée de Dhat as-Salasil. [Il dit :] « Je vins le trouver et lui dis : « Quelle est la personne que tu aimes le plus ? » Il répondit : « 'Aïcha. » Je dis : « Et parmi les hommes ? » Il répondit : « Son père. » Je dis : « Ensuite qui ? » Il répondit : « Ensuite 'Oumar ibn al-Khattab. » Et il cita [d'autres] hommes. » »
عَنْ عَمْرِو بْنِ الْعَاصِ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ أَنَّ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم بَعَثَهُ عَلَى جَيْشِ ذَاتِ السَّلاَسِلِ، فَأَتَيْتُهُ فَقُلْتُ أَىُّ النَّاسِ أَحَبُّ إِلَيْكَ قَالَ " عَائِشَةُ ". فَقُلْتُ مِنَ الرِّجَالِ فَقَالَ " أَبُوهَا ". قُلْتُ ثُمَّ مَنْ قَالَ " ثُمَّ عُمَرُ بْنُ الْخَطَّابِ ". فَعَدَّ رِجَالاً.
Interrogé par un Compagnon, chef d'armée, sur la personne qu'il aime le plus, le Prophète ﷺ répond par le nom de son épouse, et ne nomme qu'ensuite son père. Dire son amour, simplement, n'est donc contraire ni à la pudeur ni à la dignité d'un homme.
Il prenait le temps de jouer
D'après 'Aïcha (qu'Allah l'agrée) :
« Elle était avec le Prophète ﷺ en voyage. Elle dit : « Je fis la course avec lui et je le devançai à pied. Puis, lorsque j'eus pris du poids, je fis la course avec lui et il me devança. Il dit : « Celle-ci pour celle-là. » » »
عَنْ عَائِشَةَ، رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا أَنَّهَا كَانَتْ مَعَ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم فِي سَفَرٍ قَالَتْ فَسَابَقْتُهُ فَسَبَقْتُهُ عَلَى رِجْلَىَّ فَلَمَّا حَمَلْتُ اللَّحْمَ سَابَقْتُهُ فَسَبَقَنِي فَقَالَ " هَذِهِ بِتِلْكَ السَّبْقَةِ ".
Un voyage, une course gagnée, une revanche plus tard, et un mot plein d'humour. Le Prophète ﷺ, qui portait la charge du message et de toute une communauté, prenait le temps de jouer avec son épouse et de rire avec elle. Le romantisme, en islam, ressemble souvent à cela : du temps donné, de la légèreté partagée, des souvenirs communs.
« Sa conduite avec ses épouses était faite de bonne vie commune et de bon caractère. Il envoyait discrètement à 'Â'icha les jeunes filles des Ansâr pour qu'elles jouent avec elle. Quand elle désirait une chose sans inconvénient, il la suivait. Quand elle buvait au récipient, il le prenait, posait sa bouche à l'endroit de la sienne et buvait. [...] Il fit la course à pied avec elle deux fois en voyage. »
Il était attentif à son humeur
D'après 'Aïcha (qu'Allah l'agrée) :
« Le Messager d'Allah ﷺ m'a dit : « Je sais bien quand tu es contente de moi et quand tu es fâchée contre moi. » Je dis : « D'où sais-tu cela ? » Il dit : « Lorsque tu es contente de moi, tu dis : « Non, par le Seigneur de Mouhammad ! », et lorsque tu es fâchée, tu dis : « Non, par le Seigneur d'Ibrahim ! » » Je dis : « Oui, par Allah, ô Messager d'Allah ; je ne délaisse que ton nom. » »
عَنْ عَائِشَةَ ـ رضى الله عنها ـ قَالَتْ قَالَ لِي رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " إِنِّي لأَعْلَمُ إِذَا كُنْتِ عَنِّي رَاضِيَةً، وَإِذَا كُنْتِ عَلَىَّ غَضْبَى ". قَالَتْ فَقُلْتُ مِنْ أَيْنَ تَعْرِفُ ذَلِكَ فَقَالَ " أَمَّا إِذَا كُنْتِ عَنِّي رَاضِيَةً فَإِنَّكِ تَقُولِينَ لاَ وَرَبِّ مُحَمَّدٍ، وَإِذَا كُنْتِ غَضْبَى قُلْتِ لاَ وَرَبِّ إِبْرَاهِيمَ ". قَالَتْ قُلْتُ أَجَلْ وَاللَّهِ يَا رَسُولَ اللَّهِ، مَا أَهْجُرُ إِلاَّ اسْمَكَ.
Ce hadith dit deux choses. Le Prophète ﷺ prêtait attention aux sentiments de son épouse, jusqu'à remarquer un détail de langage. Et la colère, dans un couple, n'efface pas l'amour : 'Aïcha le dit elle-même, elle ne délaissait que son nom. On peut être fâché sans mépriser, et se réconcilier sans rancune.
Un amour à sa juste place
D'après Anas (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« On m'a fait aimer, de ce bas monde, les femmes et le parfum, et la fraîcheur de mes yeux a été placée dans la prière. »
عَنْ أَنَسٍ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم " حُبِّبَ إِلَىَّ مِنَ الدُّنْيَا النِّسَاءُ وَالطِّيبُ وَجُعِلَ قُرَّةُ عَيْنِي فِي الصَّلاَةِ ".
Le Prophète ﷺ compte les femmes parmi ce qu'on lui a fait aimer de ce monde, à côté du parfum — un amour qu'il a vécu dans le mariage —, et la prière demeure la fraîcheur de ses yeux. L'ordre est juste : l'amour conjugal est un bien licite et voulu, qui trouve sa place sous l'amour d'Allah, non à sa place.
Les petits gestes comptent auprès d'Allah
D'après Sa'd ibn Abi Waqqas (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah ﷺ a dit :
« Tu ne feras aucune dépense par laquelle tu recherches la Face d'Allah sans en être récompensé, même ce que tu mets dans la bouche de ton épouse. »
عَنْ سَعْدِ بْنِ أَبِي وَقَّاصٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَ " إِنَّكَ لَنْ تُنْفِقَ نَفَقَةً تَبْتَغِي بِهَا وَجْهَ اللَّهِ إِلَّا أُجِرْتَ عَلَيْهَا حَتَّى مَا تَجْعَلُ فِي فَمِ امْرَأَتِكَ "
Le hadith parle de la dépense faite pour Allah, et il prend pour exemple le geste le plus familier qui soit : la bouchée qu'on met dans la bouche de son épouse. Le principe vaut pour tout ce qu'un époux fait pour l'autre en recherchant la Face d'Allah : un repas préparé, un service rendu, une parole douce, une attention inattendue. Rien de cela n'est perdu.
Aimer quelqu'un d'imparfait : la patience avec les défauts
L'élan des débuts s'use au contact du quotidien : les habitudes de l'autre, les différences de caractère, la fatigue. Le Prophète ﷺ a donné pour ces moments une méthode simple.
D'après Abou Hourayra (qu'Allah l'agrée) :
« Le Messager d'Allah ﷺ a dit : « Qu'un croyant ne prenne pas en aversion une croyante : s'il réprouve chez elle un trait de caractère, il en agréera un autre », ou il dit : « … un différent ». »
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم: «لاَ يَفْرَكْ مُؤْمِنٌ مُؤْمِنَةً، إِنْ كَرِهَ مِنْهَا خُلُقًا رَضِيَ مِنْهَا آخَرَ». أَوْ قَالَ: «غَيْرَهُ».
Le verbe arabe employé ici désigne la détestation, en particulier celle qui s'installe entre époux. Le hadith l'interdit au croyant envers son épouse, et donne le moyen de s'en garder : mettre en balance ce qu'on n'aime pas avec ce qu'on aime. Celui qui ne regarde que le défaut finit par ne plus voir la personne. Le conseil vaut, dans son esprit, pour l'épouse envers son mari.
D'après Abou Hourayra (qu'Allah l'agrée), le Prophète ﷺ a dit :
« Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier ne nuise pas à son voisin. Et recommandez-vous le bien envers les femmes, car elles ont été créées d'une côte, et la partie la plus courbe de la côte est sa partie supérieure : si tu cherches à la redresser, tu la briseras, et si tu la laisses, elle restera courbe. Recommandez-vous donc le bien envers les femmes. »
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ " مَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلاَ يُؤْذِي جَارَهُ ". وَاسْتَوْصُوا بِالنِّسَاءِ خَيْرًا فَإِنَّهُنَّ خُلِقْنَ مِنْ ضِلَعٍ وَإِنَّ أَعْوَجَ شَيْءٍ فِي الضِّلَعِ أَعْلَاهُ فَإِنْ ذَهَبْتَ تُقِيمُهُ كَسَرْتَهُ وَإِنْ تَرَكْتَهُ لَمْ يَزَلْ أَعْوَجَ فَاسْتَوْصُوا بِالنِّسَاءِ خَيْرًا
La recommandation ouvre et ferme ce hadith. Entre les deux, une image : vouloir redresser son épouse par la force, c'est risquer de la briser. Le Prophète ﷺ ne demande pas au mari d'aimer une femme idéale, mais celle qu'il a épousée, telle qu'Allah l'a créée, avec douceur. Le Coran le dit à sa manière : il se peut qu'on ait de l'aversion pour une chose en laquelle Allah a placé un grand bien (sourate An-Nisâ', verset 19).
L'amour se construit après le nikah, pas avant
Une idée répandue veut qu'il faille tomber amoureux avant de se marier, et qu'un mariage sans passion préalable serait voué à l'échec. La Sunna propose un autre chemin. Avant le mariage, on regarde la religion et le caractère, on se renseigne, on se rencontre dans le cadre, avec le wali — et l'on se voit : c'est pour favoriser une entente durable que le Prophète ﷺ recommande de regarder celle qu'on demande en mariage (Tirmidhi n° 1087), comme l'explique notre article sur le regard licite avant le mariage. Une inclination peut naître ; le hadith d'Ibn 'Abbas cité plus haut lui indique sa voie, qui est le mariage.
L'amour profond, lui — l'affection et la miséricorde du verset —, Allah le place entre les époux, et il grandit avec la vie partagée : les épreuves traversées ensemble, les enfants, les prières côte à côte, les pardons accordés. Les longs échanges avant le contrat installent au contraire un attachement sans engagement, qui expose au péché et fausse le jugement : on choisit avec le cœur ce qu'il fallait choisir avec la raison et le conseil. Nous en parlons dans parler avant le mariage en islam et, pour ceux qui sont allés plus loin, dans relation hors mariage : se repentir et régulariser.
Le romantisme en islam : aimer son conjoint au quotidien
Le romantisme n'est pas étranger à l'islam : il y est réservé au mariage, et tourné vers la durée plutôt que vers le spectacle. À partir de l'exemple prophétique, voici des repères concrets, pour le mari comme pour l'épouse :
- Dire son amour, avec des mots simples, comme le Prophète ﷺ a nommé 'Aïcha devant un Compagnon.
- Donner du temps : un moment à deux, une promenade, un voyage, sans écran entre les deux.
- Rire ensemble et accepter la légèreté, comme lors de la course en voyage.
- Aider à la maison : le Prophète ﷺ était au service de sa famille (Boukhari n° 676).
- Être attentif à l'humeur de l'autre, à sa fatigue, à ce qu'il ne dit pas.
- Offrir, même peu : l'attention compte plus que le prix.
- Se réconcilier vite, sans laisser la bouderie s'installer ni la rancune durer.
- Se rappeler les qualités de l'autre quand un défaut agace, selon le conseil du hadith rapporté par Mouslim (n° 1469).
- Garder le secret du couple : ne pas exposer l'autre devant la famille, les amis ou sur les réseaux sociaux, ne pas le comparer.
- Invoquer l'un pour l'autre, en sa présence et en son absence.
Les droits que chacun doit à l'autre forment le socle de cet amour ; nous les avons détaillés dans droits et devoirs des époux en islam.
La foi partagée, ce qui fait durer l'amour
Un amour qui ne repose que sur l'attirance ou l'entente de caractère suit leurs variations. Celui qui repose sur la foi a un appui plus stable : on aime l'autre aussi pour Allah, et l'on supporte pour Allah ce qui coûte. C'est l'invocation que le Coran met dans la bouche des serviteurs du Tout Miséricordieux :
وَٱلَّذِينَ يَقُولُونَ رَبَّنَا هَبْ لَنَا مِنْ أَزْوَٰجِنَا وَذُرِّيَّـٰتِنَا قُرَّةَ أَعْيُنٍ وَٱجْعَلْنَا لِلْمُتَّقِينَ إِمَامًا
« Et ceux qui disent : « Notre Seigneur, accorde-nous, en nos épouses et nos descendants, la fraîcheur de nos yeux, et fais de nous un modèle pour les pieux. » »
Les exégètes expliquent souvent la fraîcheur des yeux par la joie de voir son conjoint et ses enfants obéir à Allah. Le Coran décrit d'ailleurs les croyants et les croyantes comme des alliés les uns des autres :
وَٱلْمُؤْمِنُونَ وَٱلْمُؤْمِنَـٰتُ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَآءُ بَعْضٍ ۚ يَأْمُرُونَ بِٱلْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ ٱلْمُنكَرِ وَيُقِيمُونَ ٱلصَّلَوٰةَ وَيُؤْتُونَ ٱلزَّكَوٰةَ وَيُطِيعُونَ ٱللَّهَ وَرَسُولَهُۥٓ ۚ أُو۟لَـٰٓئِكَ سَيَرْحَمُهُمُ ٱللَّهُ ۗ إِنَّ ٱللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ
« Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres : ils ordonnent le convenable, interdisent le blâmable, accomplissent la prière, s'acquittent de la zakât et obéissent à Allah et à Son Messager. Voilà ceux à qui Allah fera miséricorde. Allah est Puissant et Sage. »
Un couple qui prie ensemble, se rappelle Allah, s'encourage au bien et se pardonne construit un amour qui ne dépend pas des saisons de la vie. C'est pour cela que le conjoint se choisit d'abord sur la religion et le caractère, dans un cadre qui le permet : sur ezzawaj, le wali est associé aux échanges et il n'y a aucune photo publique.
L'amour avant le mariage est-il haram en islam ?
Le sentiment qui naît sans qu'on l'ait cherché n'est pas un péché en soi ; ce qui compte, ce sont les actes : échanges privés, rencontres seul à seul, gestes. Le Prophète ﷺ a indiqué la voie de deux personnes qui s'aiment : le mariage (Ibn Majah n° 1847). On en parle alors au wali, plutôt que de prolonger une relation sans cadre.
Le Prophète ﷺ aimait-il 'Aïcha ?
Oui. Interrogé par 'Amr ibn al-'As sur la personne qu'il aimait le plus, il a nommé 'Aïcha (Boukhari n° 3662, Mouslim n° 2384). La course en voyage et l'épisode de la colère de 'Aïcha montrent un amour fait de jeu, d'attention et de tendresse ; d'autres textes sur l'amour et la tendresse dans le couple sont réunis sur notre page des hadiths.
Comment aimer sa femme en islam ?
En suivant l'exemple du Prophète ﷺ : lui dire son amour, lui donner du temps, l'aider à la maison, être attentif à son humeur, patienter sur ses défauts en se rappelant ses qualités, et dépenser pour elle avec une bonne intention — même la bouchée qu'on lui donne est récompensée (Boukhari n° 56).
Le romantisme est-il permis en islam ?
Oui, entre époux. Les mots tendres, les cadeaux, les moments à deux, le jeu font partie de la vie conjugale telle que le Prophète ﷺ l'a vécue. Ce qui est exclu, c'est la relation romantique hors mariage, qui n'a pas de cadre en islam.
Que faire quand on n'aime plus son conjoint ?
Ne pas décider sous le coup de la lassitude. Le Coran rappelle qu'on peut avoir de l'aversion pour une chose où Allah a placé un grand bien (sourate An-Nisâ', verset 19), et le Prophète ﷺ invite à mettre en balance les qualités et les défauts. Si la crise persiste, on fait intervenir des proches sages ou un imam avant d'envisager la séparation et ses règles.
Peut-on se marier sans être amoureux en islam ?
Oui, et beaucoup de mariages solides ont commencé ainsi. Ce qui est demandé avant le mariage, c'est la religion, le caractère, une attirance suffisante — d'où le regard licite — et le libre consentement des deux ; l'affection et la miséricorde, Allah les place ensuite entre les époux (sourate Ar-Rûm, verset 21).